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Premier entraînement : Ouverture d'esprit
Conscients de la souffrance
provoquée par le fanatisme et l'intolérance, nous sommes déterminés à ne pas faire preuve d'idolâtrie ni à nous attacher à une doctrine, théorie ou
idéologie, même bouddhiste. Les enseignements bouddhistes sont des moyens qui nous guident et nous aident à pratiquer le regard profond et à développer ainsi notre compréhension et notre compassion. Ce ne sont pas des
doctrines pour lesquelles nous nous battrons, nous nous tuerons ou nous nous sacrifierons.
Lorsque nous lisons les sutras, discours du Bouddha, nous trouvons souvent l'expression : "le grand rugissement du
lion". C'est la vérité hautement et clairement proclamée par le Bouddha ou par l'un de ses grands
disciples. Le premier entraînement de l'Ordre de l'Inter-Etre est ce même rugissement. C'est la voix
compatissante du Bouddha qui nous appelle. Le Bouddha considérait ses enseignements comme un radeau
qui nous aide à traverser la rivière et non comme une vérité absolue qu'on vénérerait et à laquelle
on s'accrocherait. Ceci pour éviter que le fanatisme et le dogmatisme ne prennent racine, la rigidité
idéologique étant la cause de tant de conflits et de tant de violence dans le monde. De nombreux
textes bouddhistes, y compris le Kalama Sutra, Arittha (Discours sur la meilleure façon d'attraper un
serpent) et le Vajracchedika Sutra, (Le Diamant qui tranche à travers l'illusion) ont abordé cet important sujet. Pour le Bouddhisme, le savoir peut être un obstacle à la compréhension, et les opinions, une barrière à la vision profonde des choses. S’accrocher à ses opinions peut nous faire perdre l'occasion d'accéder à une compréhension plus profonde de la réalité. Le Bouddhisme nous encourage vivement à dépasser nos propres connaissances pour avancer sur le
Chemin de l'Éveil. Les opinions (drishti) sont "des obstacles à la connaissance". Le Premier Entraînement à la Pleine Conscience de l'Ordre de l'Inter-Etre nous éveille à la vraie
dimension du Bouddhisme, à savoir une ouverture totale et une tolérance absolue. Cette ouverture et cette tolérance ne sont pas de simples façons de se comporter dans la vie quotidienne;
ce sont de vraies portes menant au Chemin de la Réalisation. D'après le Bouddhisme, si nous ne cessons pas d'étendre les frontières de notre savoir, nous resterons prisonniers de nos
opinions et ne pourrons pas atteindre la Voie de l'Éveil.
Dans le "Sutra des Cent Paraboles", se trouve l'histoire d'un jeune marchand veuf qui aimait tendrement son fils mais qui le perdit par manque de sagesse. Un jour, alors que l'homme était au loin, son petit garçon fut kidnappé par des bandits qui brûlèrent le village avant de prendre la fuite.
Quand le jeune marchand revint chez lui, il trouva le corps calciné d'un enfant non loin de sa maison en
feu. Dans sa souffrance et sa confusion, il pensa que ce corps était celui de son propre fils. Il
pleura longuement et, après la cérémonie crématoire, il porta le sac de cendres jour et nuit en souvenir de son fils bien-aimé. Quelques mois plus tard, le petit garçon réussit à échapper aux bandits et à rentrer
chez lui. Il arriva à minuit et frappa à la porte de la maison reconstruite par son père. Pensant que
quelque galopin se moquait de lui, le marchand refusa d'ouvrir. Le garçon frappa, frappa mais en
vain. Ce père qui aimait tant son fils le perdit à jamais.
Le Bouddha dit que lorsque nous sommes attachés aux opinions, même si la vérité frappe à notre porte, nous ne la
laisserons pas entrer. S'accrocher inflexiblement à une opinion et la prendre pour vérité absolue est la fin du processus de recherche et d'éveil. Les enseignements du Bouddha sont des
moyens pour aider les gens. Ils ne sont pas une fin à vénérer et pour laquelle nous combattons. Embrasser de façon fanatique une doctrine nous empêche non seulement d'apprendre mais crée
également de sanglants conflits. Les pires ennemis du Bouddhisme sont le fanatisme et l'étroitesse d'esprit. Les guerres religieuses et idéologiques ont ravagé l'histoire humaine durant des millénaires.
Les guerres saintes n'ont pas leur place dans le Bouddhisme car tuer détruit ses propres valeurs. La
destruction des vies et des valeurs morales pendant la guerre du Viet Nam fut pour beaucoup le fruit
de l'étroitesse d'esprit et du fanatisme. L'Ordre de l'Inter-Etre est né dans cette situation
d'intense souffrance comme une fleur de lotus dans une mer de feu. Compris dans ce contexte, le
Premier Entraînement à la Pleine Conscience est réellement la voix compatissante du Bouddha
jaillissant d'un océan de haine et de violence.
Cet entraînement inclut tous les autres, y compris celui de ne pas tuer et de protéger la vie. Selon le Bouddhisme, les actions émergent de trois domaines: du corps, de la parole et de l'esprit. Nous pensons généralement que tuer est une action corporelle. Mais un esprit fanatique peut aussi causer le meurtre, non pas d'un, mais de millions d'êtres humains. Si nous observons le Premier Entraînement à la Pleine Conscience, les armes seront inutiles.
De même que toutes sortes de remèdes sont nécessaires pour soigner diverses maladies, le Bouddhisme se doit de proposer des portes du Dharma variées aux gens de milieux différents. Et comme ces remèdes qui font appel à une forme ou une autre de médecine, eau, air ou massage, ces portes sont toutes des
portes du Dharma, même si elles diffèrent l'une de l'autre. Les enseignements et les pratiques
bouddhistes peuvent paraître différents les uns des autres. Ils ont cependant tous comme but la libération de l'esprit. Bouddha a dit : "L'eau des quatre océans n'a qu'un seul goût, le
goût de l'émancipation". Les étudiants bouddhistes doivent envisager ces divers enseignements dans cet esprit. Une attitude d'ouverture et de non-attachement aux opinions doit être à la
base de tous nos efforts envers la réconciliation et la paix. C'est la porte ouvrant sur le monde de la dimension ultime et de la liberté absolue.
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